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Voyage à Pompéi

A la première lecture de la Gradiva de Wilhelm Jensen, il y a plus d’une trentaine d’années, je n’ai pu échapper à l’envoûtement qui s’évaporait de la poursuite de l’archéologue Norbert Hanold sur les traces de la sculpture Gradiva, celle qui resplendit en marchant. A la fin de la lecture, un désir se précisa. Un jour j’irai à Pompéi.

Sur les pas de Norbert, je découvris Pompéi le 10 mai 1996 et lorsque je me trouvai sur le Forum, le cœur de Pompéi était le mien. Bien qu’ayant établi à l’avance un sens à la promenade, je le laissai pour mieux déambuler au hasard du regard. Peu à peu le hasard s’organisa et je retrouvais le sens de la poursuite de Norbert tout en continuant à être guidée par lui.

Revenue à Paris, je démêlais les deux regards. Je voulais dessiner comme un archéologue consciencieux, prétention qui ne m’embarrassa pas, mais au contraire était un prétexte à dessiner ce que je n’avais jamais dessiné.

Près de la vie et du réel, je n’invente rien, tout est là. « Le sentiment complète ».
Rêve et réalité, dessins et photos, se rejoignent dans la rencontre des « ruines inspirantes », exhumées de l’ombre des cendres accumulées. Et, plus qu’un document, la photographie fidèle, restitue une image intacte confirmant que la réalité fait rêver et que le rêve est réalité.

C’est la force de Pompéi, car elle n’est pas un rêve mais une réalité universelle.

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1996 Voyage à Pompéi – 47 dessins, aquarelle et graphite

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« Le roman de ce crépuscule trop souvent rappelé suscite l’imaginaire et enflamme la curiosité des visiteurs. Or aucune nostalgie n’est convoquée dans la démarche de Colette Portal. Le regard porté sur la cité immobile n’emprunte pas au retour en arrière, ni à la reconstruction mentale; rien dans son approche ne vient amoindrir la rupture du 24 août 79. Éloge du détail, cheminement patient, Colette Portal cherche la précision du relevé. Pour elle, il n’y a pas de ville morte, il y a ce qui court de fontaine en fontaine, ce qui peu à peu, sous le regard, prend vie. »

Bertrand Raison,
Galerie Nuages, novembre 2002