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Version originale

Un soir d’octobre 1978, je regardais la télévision. Le film Pandora d’Albert Lewin en version originale, joué par Ava Gardner et James Mason. Le film me fascina par la beauté des images et des paroles qui tombaient blanc sur noir au bas de l’écran. Je pris l’appareil photo et regardais le film derrière le viseur, appuyant chaque fois que la phrase lue et l’image regardée déclenchaient un mécanisme de séduction.

Une photographie d’Ava Gardner Vous aimez la mer, par sa banalité et sa puissance d’évocation poétique décida de la suite d’un long travail. Chaque vendredi et chaque dimanche soir, quand passe la V.O., je suis à l »affût et attends dans le noir l’instant, la rencontre de la phrase (synthèse) avec l’image (évidence). L’image n’étant pas seulement la beauté d’un visage, mais peut-être un paysage, une porte, une main, un objet, un ciel… La parole qu’elle soit poétique, insolite, ambigüe ou subversive, vient souligner cette image en lui apportant sa conscience, son émoi, elle en efface la banalité. De ce film à histoire, je vole l’étincelle et détourne l’image que j’arrête dans son mouvement.

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1978 Version originale – 101 photographies
1982 Le cinéma en version originale sous-titrée photographié sur l’écran de la télévision
1984 Aide à la création du F.I.A.C.R.E.

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« Colette Portal saisit, en une synthèse remarquable, l’image signifiante d’une séquence et la phrase symbole qui, précisément, signifie l’image. Sans le sous-titre, la photo n’est qu’un document de cinéma. Avec lui, non seulement elle restitue à ce dernier la parole, le langage, indissociables de la narration, mais, de plus, elle engendre, au-delà de l’histoire contée par le film, un autre récit, une œuvre autonome qui, à la limite, oublie le film et parle à tout public, cinéphile ou amateur d’imaginaire. Elle fixe un instant d’éternité qui éveille en chacun des échos et réminiscences existentiels, qui peuvent être d’ordre affectif, sensuel, poétique, politique, éthique, suivant le texte-image choisi. »

Anne Dagbert,
Art Press, Janvier 1987

 

Une mini-série de brefs blabla sur l’esthétique du sous-titrage

Il est temps de parler du Livre, celui qui m’a accompagné une bonne partie de l’été.
Ce bouquin, j’ai eu un peu de mal à me le procurer car il est épuisé partout, mais un soir début septembre, j’ai fini par trouver l’avis de passage du facteur dans ma boîte aux lettres au terme de sombres transactions avec une librairie suisse sympa qui avait encore en stock un ultime exemplaire du précieux ouvrage.
J’ai alors couru, (oui, couru, ce truc que je ne fais jamais ) pour arriver avant la fermeture du bureau de poste, puis je me suis hâtée tout autant, comme une vraie gamine, pour rentrer chez moi en serrant le mince paquet contre ma parka de peau de mouton, non, de toile.
Ce bouquin, je ne connaissais pas son existence il y a quelques mois, mais dés que je l’ai vu entre les mains de C. un soir dans un bistro, je l’ai trouvé absolument sublime et nécessaire, si tant est que cela veuille dire quelque chose. A tel point que quant C. m’a gentiment proposé de me le prêter, je lui ai répondu qu’elle risquait de ne le jamais le récupérer si j’acceptais.
Ce bouquin, donc, c’est une merveille apparemment toute simple : Version Originale par Colette Portal, éditions Maeght 1988. Une artiste qui photographie en noir et blanc des images de films sous-titré. Voici comment elle présente sa… démarche, qu’on dit, au début de l’ouvrage, texte que l’ont retrouve sur le site de la librairie du Musée de Poitiers, où l’exposition fut autrefois présenté. (voir préface du bouquin)…

Si j’adooore papoter traduction, je fais nettement moins la fiérote quand il est question de causer Photographie ou Art. Fort heureusement, la critique d’Art Anne Dagbert a écrit de bien jolies phrases au sujet de cet ouvrage . Elles sont citées sur le site de Colette Portal et extraites du numéro 110 d’Art Press de janvier 1987.
Voilà voilà, l’allais le dire. Maintenant qu’on a lu les choses intelligentes et autorisées, je vais y aller de mon point de vue de pas critique d’Art. Il est très beau, cet ouvrage et très émouvant.
Peut être parce que les images ont le grain, les stries et le relief de la photo argentique quand elle immortalise un support lui-même analogique et à la texture imparfaite, en l’occurrence une image diffusée à la télévision. De l’argentique qui photographie en noir et blanc une image analogique dans laquelle sont incrustées, physiquement, des sous -titres, c’est bien simple, çà n’existe pour ainsi dire plus. Ce geste fulgurant multimédia (préface de Michel Enrici) concentre tant de formes d’expression et tant d’époques en une image, c’est déjà en soi une idée fantastique.
Et bien qu’il soit davantage une oeuvre cinéphilique et photographique qu’un objet d’adoration sous-titrolâtre, il faut avouer que pour mon sens esthétitre parfois malmené, ce livre est absolument inestimable.  Peut-être  pour une bête question  de sentimentalisme, parce qu’il met sur le même plan artistique le sous-titre et l’image cinématographique, ce qui n’est pas terriblement fréquent. Mais aussi et surtout parce qu’il donne un coup de projecteur, mais coup de projecteur a quelque chose d’un peu spectaculaire et paillettes, or cet ouvrage n’est rien de tour cela, il en émane  au contraire une sobriété douce et ronde à la fois… sur l’osmose parfaite qui se crée parfois quand un bon et beau sous-titrage rencontre et accompagne un bon et beau film. Les choix sont évidemment réfléchis, plein de sens. La succession des arrêts sur images sous-titrés finit par raconter malgré elle une histoire, par faire dialoguer les films et les répliques. Quand aux typographies, elles se suivent et se ressemblent moins qu’on pourrait le croire. Le geste de Colette Portal est celui du chasseur, écrit encore Michel Enrici. Nuit d’un chasseur d’image, à l’affût d’une correspondance, d’une intelligence entre le dire et le voir, entre l’œil et la  voix… » Un livre velours, une splendeur. Je ne m’en lasse pas, je m’émerveille, d’un émerveillement sans fin.   

En somme, c’est presque un livre… parfait. Oui, un livre comme fait exprès pour les gens comme votre blogueuse dévouée. Qui m’attendait en prenant tranquillement la poussière, là-bas dans la réserve de cette librairie suisse sympa. Bref, ami lecteur intéressé de près ou de loin par le sous-titrage, si tu tombes dessus dans une brocante, une librairie de deuxième main ou une biblio, prends le temps de t’y attarder, Version Originale  en vaut la peine, c’est un ouvrage vraiment unique. Et beau tout simplement.

Anne Lise Weidmann, 30/10/2012, Les piles intermédiaires